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AL3ES, Agence Locale de l'Écologie, de l'Énergie, de l'Économie et de la Solidarité....

AL3ES, Agence Locale de l'Écologie, de l'Énergie, de l'Économie et de la Solidarité....

On n'a jamais raison trop tôt, on a raison. Point... C'est un peu radical et parfois on ne vit jamais assez longtemps pour le savoir. Dans nos urgences, des mots de maux, des clins d'œil et des coups de gueules, des propositions, des idées (parfois), des envies, transition toute faites pour toutes les belles...

Publié le par franck

  

Marie-Rose, Thierry, Théo, Zoé, Thaïs, Basile et Marin ; vous avez aussi de cette mémoire, « Se souvenir est un devoir » disait la presse du silence. J'ai écrit ces quelques lignes que j'ai appelé « Au nom de mon père », de votre Grand-Père donc. Pensez-y, mais plus encore souvenez-vous en !!!

 

Au nom de mon Père...

 

Je ne saurai finalement jamais comment toi, âgé de douze ans le 6 juin du D-DAY, tu auras vécu ces heures où tous ces jeunes soldats ont rougit le sable et les eaux. Il y a malheureusement longtemps que le mot mémoire n'a pas et plus de sens pour toi. Je t'écris ce soir du fond de ma mémoire, tant que j'en ai, tant qu'elle vit, et du fond de mon esprit, je peux te dire qu'elle comporte aussi la tienne.

Que les gens le veuillent ou non, j'ai en moi une partie de ta mémoire. Tu as perdu avec le temps des facultés et personne n'utilise celles de ceux qui en ont, tellement sûrs de ce qu'ils sont. Papa, toi tu t'en fous, et tu as bien raison, mais dans les arborescences du village où tu est né, un jour de 1932, ici, avec le temps de l'Histoire, ils sont devenus fous.

Toi seul a su donner un vrai conseil au fou en pyjama que j'étais. Avec le bleu de tes yeux tu m'as dit un jour dans ce putain d'hôpital, "faut écrire, écris toujours bats toi..." Je ne sais pas si je suis digne de ton conseil, mais toi qui sais le sens de l'attachement à la Terre, toi qui connaissais chaque centimètre carré de ces vallées, ces champs, tu savais tout d'ici, tu ressentais le monde, et souvent tu grognais. Tu avais raison, tu nous impressionnais tous, ta ponctualité, tes services, ta force, ton calme, ta discrétion mais aussi toutes les lacunes que l'occupant ne t'avait pas permis d'apprendre.

Privé d'école durant ton enfance, je me demandais aussi combien de milliers et de milliers d'enfants tu avais transporté en bus pour être à l'heure à l'école, combien d'ouvriers de nos forts beaux grands chantiers tu avais véhiculé pour être à l'heure au travail. L'occupant de ton enfance t'a privé d'école, l'occupant de notre époque nous a privé de toi. Tu as sacrifié ta vie aux autres, nul ne sait les millions de kilomètres que tu auras parcouru sans jamais faiblir pour servir les besoins du collectif.

Aujourd'hui Papa, tout le monde a sa tuture mobile et les bus roulent souvent vides sans jamais s'arrêter cueillir ceux qui sont sur le bord de la route, à moins de n'être dûement estampillé d'une auréole industrielle qui fait tache.

Tu ne te souviens sûrement pas, mais toi tu nous a véhiculé à sept dans des renault douze, des renault dix-huit, après que l'on t'ait, déjà à l'époque dépouillé de ta voiture, une deux chevaux sur le parking de l'Arsenal.

Aujourd'hui, la chimie détruit les doryphores, toi, écolier, l'occupant te réquisitionnait pour aller les détruire dans les champs de pommes de terres. Les réactions épidermiques que tu avais à leur vue, en disait aussi long sur la souffrance. Papa, tes petits-enfants ne sont pas maltraités par un occupant totalitaire, c'est sûrement beaucoup plus insidieux que cela. Je crains que nous leurs donnions l'illusion que tout ira toujours pour le mieux dans le meilleur des monde, sans rien faire pour régler tous ces désordres.

Ah, Papa ! Les patates, souviens toi les patates, combien de tonnes on aura éplucher tous ensemble à la main, au soleil, dans le cruissement des économes, nous avec l'impatience de retourner jouer au volley-ball, faire deux tours de speed-sail, glisser sur une houle dont tout ce qu'il y a de brillant se gausse aujourd'hui sans savoir.

Pour protéger ta famille tu avais fuit l'hôpital un jour de septembre 87, bravant les douleurs et le handicap du moment, ta place n'était pas là, tu le savais, tu en a changé. Au milieu de ton jardin, combien de passants véhiculés ou non tu auras salué, combien se seront arrêtés pour papoter et parler du temps, combien de fois es tu rentré à la maison la peau tannée par le soleil, la tête étourdis par tous ces zinzins de l'asphalte. Je pense que tu as retourné ce jardin à la main pendant au moins vingt ans, tous les ans au rythme des marées, des saisons, de la lune, de la chasse, des récoltes, combien de mètres cubes de Terre. Et tu n'as jamais remué Ciel et Terre.

JE prends là le relai, je vais remuer tout ça Papa, et ça changera. On a des équipes à déboiter le truc, et tous ces titis qui grandissent auxquels personnes n'apportent de réponses, nous leurs construisons patiemment, au rythme de nouvelles difficultés, mais on y arrive. 

La barbarie est bien cachée aujourd'hui, aujourd'hui des gens font des maisons en paille, tu nous racontais aussi ces corvées aux champs où vous fabriquiez les bottes à la main, parce qu'il fallait le faire, parce que ça avait du sens, le progrès passe par là, par des actions besogneuses que d'autres industrialisent, c'est comme ça et peut être encore pour longtemps.

Moi, je sais que tu vois les images de la barbarie, la traitrise des temps moderne Papa, c'est que les gens qui t'ont exploité toutes ces années fabriquent des choses qui peuvent à tout moment dénuer de sens toute cette longue Histoire. Comme ça en un éclair. Voilà ce qu"ils" appellent le progrès, l'incontournable, la seule façon de faire. Ils nous font vivre l'enfer pour mieux nous aliéner à l'idée d'un paradis.

Je ne voudrais pas qu'en vieillissant ils aient le même ressenti de trahison que toi, que moi. Et toi qui a vécu ces jours historiques, la vie, le monde t'avais emprunté un de tes enfants, moi, pour aller faire le militaire ailleurs. J'avais fait ce choix. Je n'ai jamais su non plus compte tenu de ton enfance ce que tu connaissais de ces barbaries, comment et combien tu as pu avoir peur, de l'été 1990 au début de l'année 1991.

Toi, la vie t'auras épargné la guerre. Tu avais déjà dans ta mémoire celle dont on commémore le centième anniversaire du début.Mais c'est dire dans la longueur de ta vie si tu sais aussi que l'Homme se plait à faire bégayer l'Histoire, pour mieux ânonner sa propre bêtise.

Tu sais aussi combien il nous aura été difficile de grandir, dans ta déchéance tu restes grand, et je voudrais l'être autant, avec l'évolution en plus. Papa, de hautes autorités de notre pays ainsi que des autorités d'autres pays de notre monde m'ont permis de porter des médailles de libérateurs, de bâtiment de combat, de défense nationale. Tous "ces gens là" les pas-français de mon histoire sont musulmans (avec des nuances certes), ils permettent à des centaines de millions de gens de la planète de gaspiller bêtement dans leur engins à moteurs ce que nous distillons avec la richesse de leurs sous sols. Sans plus se soucier de cela. Tous ces gens dans leurs carrosses polluants conchient de fait en tenant des propos haineux et discriminants, les traditions, moeurs et coutumes de ceux d'ailleurs, de tous ces gens exploités pour se permettre de rouler comme des imbéciles sans se soucier d'où et comment c'est possible d'avoir ici, dans le quartier, ce miraculeux produit qui fait avancer nos machines à roues. Ils n'en sont pas dignes. Pas plus qu'ils ne sont dignes du confort électrique que nous nous sommes fabriqués, là encore avec l'exploitation de mineurs d'ailleurs. On s'en fout ici, pourvu que ça marche et qu'on peut dire que c'est toujours de la faute de l'autre si ça ne marche pas. Ici au pays des bisounours haineux, l'électricité vient du mur et l'essence tombe du ciel. Comme un miracle du créateur. Pour ces gens là, la Terre est plate depuis 5000 ans.

Tu ne te souviens pas comment toi aussi tu as été exploité, ta gentillesse, tes savoir faire, ta capacité, la théâtralité de ton humour jamais décalé jusqu'à la haine de l'autre, ta bonté celle d'un Homme qui a dû comprendre la différence qu'il y avait entre la présence d'un occupant et celle de vivre sur un territoire libéré. Ta classe d'âge t'auras permis aussi d'échapper aux guerres de décolonisation, heureusement, je te dirais. Tu ne te souviens pas non plus aujourd'hui des conséquences de tout cela. Moi, je les vis au quotidien dans mes chairs, dans ma tête et plus loin encore.

Eh Papa, je ne vais pas me battre pour défendre des religieux, j'ai trop fait en sorte moi de ne plus appartenir à une religion. Je n'aurais rien contre les religions, mais les religieux alors ! Si tu les voyais ici tous ces religieux de la haine, tous ces micheux devant la différence, tous ces incultes aculturés. Pauvre petit bout de pays. "Ils" détruisent tout ce que les gens de ton âge ont méticuleusement bâti, oh certes tout n'est pas parfait, et bien loin de l'être. Bercés d'illusions la coutume est d'abord d'écraser l'autre, le spolier pour mieux surfer sur son travail. Les systèmes d'exploitations sont divers et variés, il s'en trouve toujours pour donner les coups de fouets et battre la cadence. Si les galères changent et évoluent, elles restent omniprésentes.

Je regrette de le constater, mais quand quelque chose dérange "on" le cache. J'ai un terrible ressenti de savoir tous ces lieux de privations de libertés, mais je ne me cache pas. J'affronte le monde avec le sentiment de te porter sur mes épaules, pas comme un fardeau, mais comme une surcapacité de mémoire pour mieux mettre par terre toutes ces formes de pensées dominantes privant de libertés tous ceux qui s'y aliènent, incapables de s'imaginer autre chose sans porter un signe distinctif et avoir la certitude d'avoir un supérieur et un subalterne pour mieux déléguer les responsabilités et les culpabilités.

Je te porte sur mes épaules comme tu le faisais alors qu'avant d'avoir cinq ans, je découvrai du haut de celles-ci le large, l'horizon, les îles, les couchers de soleil. À ton époque, on ne faisait pas de photos des couchers de soleil, tu les vivais en direct, les photos n'étaient que de noir et blanc, alors les couchers de soleil !

En ton nom papa, je vais prendre la responsabilité de faire changer encore une fois tous ces regards tuant et puant. À défaut de changer le monde, mais avec l'intacte envie de ces jours fous, tu sais toi que c'est possible et nécessaire. À cette heure, je me demandais dans quels genres de rêves tu pouvais te trouver, je ne sais pas et personne non plus si les images que tu vois te font peur, te réconfortent mais je dois t'avouer que je suis un peu énervé de voir que c'est encore ceux qui ont participé aux déchéances qui essaient d'en trouver la solution. "Ils" fabriquent et vendent la déchéance pour mieux te la vendre, et quand tu sors des clous "ils" t'en vendent le remède. Comme un comportement "normal". Finalement on n'a peut-être pas était aussi libérés que cela.

Tu a vécu sur les ruines du monde, tu as participé à sa reconstruction, d'autres nous prédisposent à tout refoutre par terre. Je n'ai pas encore de mot pour qualifier cela. Mais je le trouverai. Je l'inventerai, en et pour ta mémoire.

À chaque fois que tes connexions disparaissent, j'en fabrique d'autres pour créer un cortex de transition, tu nous as transmis par le regard, les gestes, la démonstration qu'un autrement était possible, c'est réussi ! Il y a et aura encore beaucoup de gens qui chanteront, comme toi a cappella, avec la voix qui porte, loin, loin, loin, aussi loin que cela est possible. 

 

Franck Leblond, juin 2014.

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