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AL3ES, Agence Locale de l'Écologie, de l'Énergie, de l'Économie et de la Solidarité....

AL3ES, Agence Locale de l'Écologie, de l'Énergie, de l'Économie et de la Solidarité....

On n'a jamais raison trop tôt, on a raison. Point... C'est un peu radical et parfois on ne vit jamais assez longtemps pour le savoir. Dans nos urgences, des mots de maux, des clins d'œil et des coups de gueules, des propositions, des idées (parfois), des envies, transition toute faites pour toutes les belles...

Publié le par franck
Publié dans : #écologie

Ce lundi 1er décembre, à la mairie de Cherbourg la Sénatrice Aline Archimbault (EELV) est venue présenter un travail de rapport d'une commission aux affaires sociales sur le lourd, douloureux, complexe, mortifère et morbide dossier de l'amiante.

La région Basse-Normandie grandement touchée par ce fléau, le bassin de Cherbourg avec la construction navale ayant une cohorte d'exposés, de malades et de morts assez conséquente. Personne n'est épargné (y'en a partout !).

Alors que la dangerosité de ce matériau était connue depuis fort longtemps, l'OMS (oraganisation mondiale de la santé) l'a classé hyper cancérigène en 1977. Ce n'est que 20 ans plus tard que le France fait de même, et l'interdit. Encore presque 20 ans plus tard, nous sommes englués entre les malades, la prévention, le désamiantage, le stockage, et le drame social et humain qui s'étale dans des friches démontrant le degré de considération des gens (vous et moi) par l'État et ses ramifications.

En 1985, alors que je visitais l'Arsenal de Cherbourg, il était courant de se faire remettre un autocollant portant la mention "les clés de l'avenir". J'avais en 2003 répondu à la haute administration de la défense en réaction à l'information que je cumulais presque douze années d'exposition à l'amiante, "de quel avenir parlez-vous ?" Plongé depuis dans toutes les incertitudes que peuvent être ces années d'exposition. En fait et pour les copains qui étaient à l'atelier, pour beaucoup d'autres et pour moi, la réalité est bien pire que les risques de cette fibre.

Nous avons évolué pendant des années dans les poussières de verre, les matériaux neuro toxiques (solvants, résines, peintures, colles, mousses...), les fumées des réactions chimiques de tous ces produits mélangés en toute impunité, en toute joie d'avoir un travail pour la gloire du pays, pour la grandeur des armées, pour la croissance...

Aujourd'hui encore dans d'autres pays, beaucoup sont encore exposés à ces ensembles de matériaux, de vapeurs, d'atmosphères confinés et toxiques... Sûrement pour d'autre grandeurs, d'autres intérêts, d'autres stress; mais toujours dans les mêmes atmosphères pourris.

Je ne reviens pas dans les détails sur la soirée en elle-même, où il me semble, la sénatrice a été fort mal accueillie. Je regrette qu'à aucun moment le débat n'ait pu être élevé à l'idée de se dire "Quel air veut-on respirer ? Quel air voudrait-on nous faire respirer ?" Sans en faire un débat manichéen, la qualité de l'air qu'il soit celui de l'extérieur, ou celui de nos maisons ou nos lieux de travail pose toujours question sans que l'on en dise rien d'autre que des mesures et de petites préconisations.

Je m'inquiète sur un avenir où, avec tout ce que nous respirons, ingérons, subissons aujourd'hui fabriquent les désordres de demain, pour lesquels si on ne fait rien de plus que pour l'amiante; nous serons face à des cohortes de gens malades de maladies que nous ne connaissons pas encore. Presque 20 ans plus tard, les patrons, il faut aussi le savoir, par la représentation du MEDEF, n'a pas répondu aux invitations de la commission du Sénat, afin qu'il puisse établir son rapport. Un indice ?

Nous cherchons toujours les responsables aux problèmes pour les faire payer. La première plainte sur l'amiante à 18 ans, rien de jugé. Je vous laisse imaginer comment cela se passera à l'avenir avec les COV, les perturbateurs endocriniens, les CEM, les produits phytosanitaires, les ondes, le stress, l'angoisse... La précarité, le mal logement, le sous-emploi, les crises...

La vérité sur l'air que nous respirons est bien pire que le scandale de l'amiante, que tout ce que nous connaissons, une chose est sûre pour moi, si rien n'est fait, rien n'est dit sur tout cela, c'est pas peur des responsabilités. Pour imaginer l'échelle de celle-ci, regargez vos murs, vos meubles, vos vêtements, votre alimentation, les voitures, vos soins, vos moyens de communication, votre travail; essayez d'imaginer comment de la découverte à l'extraction des matérières premières, leur transformation, leur transport et leur mise en œuvre, leur durée de vie et leur retraitement tous les volumes de particules envoyés dans l'atmosphère. Aujoutés aux particules les rayonnements, je pense ici aux travailleurs de l'atome dont le suivi sanitaire ne se fait que par rapport aux irradiations et contaminations sans que le facteur amiante ne soit reconnu.

Je me demande aussi si le problème amiante n'a pas été externalisé. Dans le sens où, l'économie de l'amiante reste florissante dans des pays où elle n'est pas interdite, où des copains de grands revendicatifs œuvrent encore dans des ateliers.

Et je ne veux pas dire que les travaux locaux et spécifiques ne se justifient pas, ils sont nécessaire, mais que nous gagnerions en humanité si l'on prennait le problème dans son ensemble pour dire et paraphraser Popeck:

"On veut pas d'air conditionné, on veut de l'air pur sans conditions"

Nous ne sommes plus que les filtres à pollution du monde néolibéral capitaliste industrialiste et de fait criminel. À Tchernobyl, les premiers morts n'ont pas eu de sépultures, enfermés dans du plomb, des déchets de haute activité. C'est peut-être ce qui nous pend au nez, que nos morts ne puissent plus, ni être enterrés, ni être brulés en regard des pollutions générées. Mais il ne restera pas grand chose...

Nous ne sommes plus que les porteurs de billets pour ceux qui polluent notre atmosphère avec toute notre complicité consummériste. Faire de son problème l'épine dorsale d'une contestation, n'est pas l'empiler avec d'autres pour faire une colonne vertébrale d'une opposition plus large, plus ferme aux définitions du monde dans lequel « on » voudrait nous faire vivre, et dans ce cas, de la qualité de l'air que nous respirons. Nous devrions être beaucoup plus exigeant pour les autres par rapport à soi que d'espérer une moindre compensation. Mais s'organiser pour protéger l'avenir des plus jeunes doit aussi guider la réflexion, en cela qui aujourd'hui à vocation à être concrètement, sur le terrain, désamianteur ? Est-ce qu'un parent dira à ses enfants, les enfants vous serez désamianteurs ? Même si c'est une nécessité ? Le sacrifice intergénérationnel, ceux qui ont travaillé grâce et avec l'amiante, ceux qui en sont malades et morts et ceux qui devront nettoyer. Et vous voudriez que nous gardions le sourire.

Pire, en se focalisant de la sorte sur un seul élément parmi tous ceux qui nous agressent, nous passons à côté du reste, en toute désinvolture, encore et toujours là pour réclamer plus de consommation de produits fait dans de mauvaises conditions pour un piètre usage à la durée de vie limitée et au recyclage difficile. Entre tout ça, ne vous en faites pas le buisness se fait, en tout et même désivolture. C'est ça qui est génial non ?


Franck Leblond. 04 décembre 2014 à Flamanville.

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