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AL3ES, Agence Locale de l'Écologie, de l'Énergie, de l'Économie et de la Solidarité....

AL3ES, Agence Locale de l'Écologie, de l'Énergie, de l'Économie et de la Solidarité....

On n'a jamais raison trop tôt, on a raison. Point... C'est un peu radical et parfois on ne vit jamais assez longtemps pour le savoir. Dans nos urgences, des mots de maux, des clins d'œil et des coups de gueules, des propositions, des idées (parfois), des envies, transition toute faites pour toutes les belles...

Publié le par franck
Publié dans : #écologie, #politique, #vie locale, #transition écologique

Le courant, l'ordinaire, le banal était à l'ordre du jour (de la soirée) hier à l'IUT de Cherbourg en Cotentin où les CLIs (Commission locale d'information) avaient invité le public afin de présenter un retour de leur visite au Japon et plus précisément de la région de Fukushima. Les CLI sont les structures qui sont chargées et qui se chargent de délivrer l'information sur les sites nucléaires du Cotentin et d'ailleurs. Regroupant plusieurs collèges, élus, syndicats, associations, experts... Les CLIs et leur approche (récente !) sur l'accident nucléaire s'est donc exprimé publiquement, tentant de nous dire à quel point cette fonction est importante dans le sens où les CLIs sont aussi là pour trouver les solutions à la gestion d'un accident et la période post-accident. Mission très importante car elle inclus le fait d'élever le niveau d'acceptation par les populations des risques de l'accident.

C'est donc avec un aplomb terrible, après avoir vu des reportages diffusés sur France 3 que le représentant du collège "syndicat" nous apprend que, en ce qui concerne la gestion post-accident sur ce qu'il a pu voir au Japon: "pour ce qui est de l'après accident, on sait gérer"... Joli non ? Même en avouant que six ans après seulement 10% de la population est revenue sur certaines zones autorisées, "on gère". Je trouve ça d'un beau cynisme car non seulement on occulte les six années d'exil de la population, mais on se satisfait de ces dix pour cent qui acceptent l'exposition.

Évacuation, confinement des populations en cas d'accident ? Si on apprend que l'on a de supers calculateurs météorologiques pour prévoir les zones qui seront contaminées par le panache (c'est beau aussi, et ça change de nuage radioactif, surtout que l'on sait depuis longtemps qu'ils ne franchissent pas les frontières) et ainsi faire le choix d'État en toute connaissances de causes d'évacuer ou non les populations; c'est un peu léger en regard de la géographie physique de notre territoire et du modèle météorologique du Cotentin. Ici où nous avons parfois cinq saisons dans la journée, spéculer sur une gestion de la météo qu'il fera si un accident a lieu relève d'une haute arrogance. Peut-on se dédouaner des risques sous couvert que l'on saura dire dans quelle direction le vent souffle et donc dans quelle direction il faut fuir, notre configuration de cul-de-sac ne nous offre guère de possibilités. Et puis, s'il fallait évacuer les populations ici, il y aura de fait un tri. Ben, s'ils sont heureux de dire qu'il y a trois CLIs, c'est à dire qu'il y a trois sites à risques, sans que celui du militaire ne soit intégré dans ce groupe, il faudra bien que des personnes restent ne serait-ce que pour entretenir le fonctionnement des sites non touchés par l'accident. Il faudra du monde pour gérer la crise accidentelle, et il faudra du monde pour les autres sites quoi q'il arrive.

Et puis s'il fallait fuir, où irions-nous ? Y a t-il autour de chaque site à risques de France un lieu prévu pour accueillir les population évacuées ? Je regrette encore une fois que l'on ait pas regarder au dessus de nos murs pour évaluer la situation kafkaïenne que cela représente. Imaginons qu'il faille de chez nous évacuer, 10, 20, 30 mille personnes, où seront-elles logées ? Mais putain, on peine à loger les gens qui sont dans la rue et plus encore à créer des lieux d'accueil pour les réfugiés du moment, et s'il faut entendre que parquer les populations dans des camps est une manière de "gérer" la crise, il y a quelque chose d'indécent à le dire, à le prétendre et plus à le faire croire.

On aimerait qu'à l'instar de ces commissions chargées de nous faire avaler la pilule morale, sociale, industrielle, avant celle d'iode où je ne sais quoi, d'autre planchent sur la manière de supprimer les causes de ces risques d'accident aux conséquences que l'on a bien du mal à expliquer, à imager... La banalisation des traumas, qu'ils soient individuels, collectifs est une chose inepte, que l'on minimise toujours un peu plus en disant que oui, l'accident est possible, mais que comme on y aura réfléchi, et bien on saura faire. Nous voilà donc rassurés. Merci. Bisou. Merci.

Pour faire le lien avec mon article sur le combat ordinaire et la souffrance au travail, voilà bien une manière d'expliquer pourquoi et en quoi les gens peuvent l'être aussi dans ces grands groupes qui font tout bien. Les travailleurs qui ont déjà le moral dans les chaussettes, que ce soit sur l'EPR, sur La Hague, et je ne vous parle pas de l'Arsenal, à boucher les trous avec du scotch; ils seront effectivement les premières victimes d'un accident, et doublement car ils devront rester. Obligés d'avoir à penser un déchirement avec son territoire, sa famille, ses proches... Quel sort sera alors réservé aux déserteurs ? À ceux qui fuiront le combat pour lequel ils sont payés, utilisés, celui de contenir l'accident ?

On se dit souvent qu'il faut mieux entendre tout ça que d'être sourd, mais c'est de moins en moins vrai. Que si tout cela fait réfléchir un peu plus, j'aimerai que l'on puisse mettre ici localement autant d'énergie et de moyens pour travailler sur des modèles qui nous permettraient de supprimer ces causes d'accident devenu probable alors qu'il était longtemps revendiqué impossible. Si l'on prend le gène totalitaire et non démocratique de la filière atomique, je doute que la gestion d'une crise potentielle n'aura rien d'une page de poésie.

Quand j'entends parler des conséquences humaines d'un accident je me dis qu'inhumaines serait plus adapté et que sous la bonhomie affichée des rapports dans les commissions, du travail fourni ce cache une horreur dont le nom est tu. En la matière une escroquerie intellectuelle de plus.

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